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Pour un peu plus d'intelligence en politique culturelle...

Échéance 2012... C'est le moment de proposer des idées constructives, n'est-ce pas ?
Mesdames et Messieurs les candidats aux plus hautes fonctions de l’État... En voici une :

L’œuvre d'art n'est pas génération spontanée. Elle ne se crée pas à partir de rien : il faut un artiste vivant, du temps, un lieu pour œuvrer et du matériel pour travailler.

Contrairement à la plupart des autres métiers, celui d'artiste plasticien ne s'exerce pas selon des horaires fixes et ce métier n'est pas rémunéré sur la base des heures passées à concevoir et œuvrer, mais uniquement sur la vente du produit fini (objet d'art), dont le prix n'est pas toujours proportionnel au temps passé à l'élaborer. Seuls des artistes cotés peuvent parfois prétendre en retirer un revenu digne de ce nom.

Ils ne sont qu'une petite minorité dans la multitude de ces autres qui tournent en sous-régime parce qu'ils n'arrivent même pas à assurer leur quotidien, ou qui sont obligés de dépendre du bon vouloir d'un conjoint, d'une famille, voire de se soumettre à divers chantages iniques pour avoir le droit de travailler. Juste le droit de travailler.

Les artistes font œuvre de chaque instant de leur vie.

L’œuvre est le produit de chaque instant de la vie de l'artiste.

Le prix d'une œuvre d'art devrait compenser chaque instant passé à l'élaborer, tant sur le plan de sa conception intellectuelle, que sur le plan de sa réalisation matérielle. Finalement, chaque instant de la vie de l'artiste participe de l'existence de l'objet réalisé en tant que tel.

Voilà pourquoi l'artiste devrait être rémunéré non pas sur l'achat de l'objet réalisé, mais sur son vécu intermédiaire ayant permis d'arriver à ce résultat tangible.

Qu'un artiste doive assurer son revenu uniquement sur les ventes est une aberration : son travail réel n'est jamais rémunéré.

Entre chaque exposition ou prestation, l'artiste existe aussi. Et il a besoin de son temps pour créer, réaliser, organiser...

S'il est obligé de se livrer à des activités annexes hors de son champ de création, la qualité de son travail ne peut qu'en pâtir, son œuvre se corrompt, s'appauvrit, perd en qualité comme en quantité.

Outre cela : si un artiste est débarrassé de tracasseries matérielles, s'il n'a pas besoin de compter sur les ventes d’œuvres pour assurer sa survie au quotidien (car on parle bien de survie : se loger, se nourrir, assurer le quotidien pour lui et sa famille, acheter le matériel nécessaire à son travail...), le prix atelier de ses travaux pourra demeurer raisonnable.

Et peu importe si d'autres intermédiaires veulent ensuite en tirer profit par spéculations : l'artiste restera maître de ses ventes, toujours plus avantageuses pour le véritable client amateur d'art, soucieux de connaître l'auteur de son acquisition. De même que l'acquisition d’œuvres d'artistes vivants sera facilitée pour les acquéreurs de tous horizons. La spéculation "sauvage" ne touchant plus, ensuite, que les œuvres d'artistes morts. Les acquéreurs ayant eu l'intuition d'acheter des œuvres du vivant de l'artiste, et les héritiers, se voyant ensuite récompensés, après le décès de celui-ci, quand la cote des œuvres de l'artiste disparu grimpera.

Le prix d'une œuvre d'art ne se calcule pas sur le temps passé à son exécution, ni sur le matériel investi dans l'objet, mais sur son impact dans le regard du spectateur. On ne peut pas comparer la production d'une œuvre d'art avec celle d'une tête de bétail ou d'un produit industriel, dans lesquels le prix du temps de travail, des charges et des matériaux sont pris en compte.

Quand un artiste du spectacle se produit sur scène, il reçoit un cachet en fonction du nombre de spectateurs. Si les spectateurs sont déçus par la prestation, ils ne reviendront peut-être pas, mais leur présence effective sur ce spectacle sera répercutée sur le gain. S'il produit un CD, un DVD ou qu'il commercialise un sous produit quelconque, il reçoit un pourcentage via la SACEM ou autre. Ce n'est pas le cas des artistes plasticiens : on n'aurait pas idée de faire payer un droit d'entrée aux visiteurs d'une exposition publique.

Pourtant, les artistes sont aussi des citoyens, producteurs, consommateurs, acteurs de prospérité collective... ils donnent du sens à toute chose. Sans eux, les individus qui composent la collectivité n'auraient aucune raison de s'investir à leur tour dans la prospérité globale.
Alors...
à quand le statut d'intermittent des arts plastiques ?

Catherine Boutten
5 octobre 2011
S O U R C E